Sous la haute présidence de M. Marcel Aubert, de l'Institut, quelque trois cent archéologues ou passionnés d'archéologie ont visité, le lundi 28 mai, le château de Buzay à La Jarne et l'église Saint-Pierre d'Angoulins/mer.M. Erik Dahl présentait le premier monument. Vous en connaissez au moins l'extérieur tel qu'il apparait dans son nid de verdure à l'extrémité de deux larges avenues. Pierre-Etienne Harouard était lieutenant-général de l'Amirauté de La Rochelle lorsqu'il choisit ce coin de terre à la limite du marais-gât pour y faire bâtir, vers 1760, sa maison de campagne, un véritable château qui étonne le visiteur par ses lignes harmonieuses. Il pouvait bien se le permettre lui qui déclarait un revenu annuel de 40000 livres -20 millions d'aujourd'hui- et jouissait probablement du double. Mme la comtesse Guy de Montbron, une descendante, nous accueillit dans l'intérieur meublé comme au XVIIIe siècle avec tapisseries, tableaux et objets de cette belle époque.Puis ce fut dans un cortège impressionnant de voitures et de cars, l'acheminement vers Angoulins. M. le Curé recevait les congressistes dans son église, et M. Jouven, architecte en chef des Monuments historiques, faisait la présentation. Tout en déplorant la pauvreté de sa documentation, il montra inscrites dans les murs les trois phases de sa construction : romane, gothique, et contemporaine ; puis ce fut la dispersion alentour du monument pour admirer le portail de la basse-église, les fortifications, les vestiges romans du mur sud... On ne peut que déplorer en effet, avec M. Jouven, que l'église d'Angoulins ne soit pas mieux connue ou plutôt qu'elle n'ait pas été suffisamment étudiée ; les notes qui paraissent dans une humble feuille paroissiale mériteraient une plus large diffusion et une brochure serait, croyons-nous, bienvenue parmi tous les amis des vieilles églises d'Aunis et de Saintonge.Une maison ne se conçoit pas sans la famille qui l'habite, une église sans la communauté des habitants qui la fréquentent. Si le château de Buzay est encore vivant grâce à la famille qui entretient la tradition bien des parties de l'église d'Angoulins sont mortes et ne se conçoivent que par l'histoire qui en contresigne les vestiges. Depuis le début du XIe siècle où surgit le cartulaire de Bourgueil le nom de notre église, en passant par les années terribles de la Guerre de Cent Ans, ce ne sont qu'obscurités, vicissitudes et ruines. A la fin du XVe siècle, une résurrection se produit ; en 1481, Sixte IV accorde à la demande de Raymond Perraud une bulle d'indulgence pour favoriser sa reconstruction : Mathurin Fourestier, en 1490, teste en faveur du parachèvement de l'édifice commencé ; au portail de la basse-église, entrée principale jusqu'au XVIIe siècle, sont placées les armes de France et du Dauphin, aujourd'hui martelées. L'ancienne division en deux nefs, l'une romane, l'autre gothique, nous la retrouvons dans ces plans de 1863 si bien que nous pouvons imaginer l'intérieur de notre église avant l'effondrement des voûtes...Le château de Buzay ne risque pas la dynamite grâce à la famille qui sait l'entretenir et le préserver, mais l'église d'Angoulins ne peut échapper à la décrépitude que par la générosité de tous ceux qu'intéresse le patrimoine artistique national et local. Les Monuments historiques ont déjà beaucoup fait pour son embellissement, mais n'avez-vous pas remarqué que ce fut justement dans la mesure de l'intérêt que nous lui portions ? Aide-toi, le Ciel et... l'Etat t'aideront !
Jean Joguet