Echos du bon vieux temps (par Jean Joguet)

Le 2 juin 1481, à la requête de messire Raymond Péraud, archidiacre d'Aunis, ambassadeur de Louis XI, futur évêque de Saintes et cardinal, le pape Sixte IV accordait une bulle d'indulgences à ceux qui contribueraient à la restauration de l'église Saint-Pierre d'Angoulins. Voici la traduction de cette bulle retrouvée par M. l'abbé Mongis parmi les archives de la fabrique - où sont-elles actuellement ?- et que publia en 1874 le "Bulletin Religieux" diocésain :" Sixte, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les fidèles chrétiens que ces présentes lettres verront, salut et bénédiction apostolique. Bien que Celui de la grâce duquel vient qu'on rend à Lui et à ses fidèles les devoirs convenables, par un excès de cette bonté qui surpasse les mérites et les voeux de ceux qui le prient, récompense leurs services au-delà de ce qu'ils peuvent mériter, néanmoins le désirant procurer au Seigneur un peuple agréable et zélé pour le bien, nous voulons, par l'attrait des grâces, c'est à dire par des indulgences et pardons, engager les populations fidèles à plaire à Dieu et à se rendre plus aptes à recevoir la divine grâce. En conséquence, désirant voir fréquenter et honorer comme il convient l'église Saint-Pierre d'Angoulins, à laquelle, ainsi que nous l'avons appris, porte un intérêt tout particulier Notre bien-aimé fils, Maitre Raymond Péraud, ambassadeur de Notre très cher fils en Jésus-Christ, Louis, roi très chrétien de France, envoyé près de Nous pour traiter d'affaires diverses et délicates, voulant, disons-nous, attirer vers cette église de Saint-Pierre un plus grand concours de fidèles qui viennent y satisfaire leur dévotion, pour les engager à contribuer plus promptement à son entretien, à sa conservation et restauration, afin qu'ils sortent de ce lieu soulagés par une abondance plus grande de la grâce d'en-haut, pleins de confiance dans la miséricorde du Tout-Puissant, et l'autorité de ses apôtres, les bienheureux Pierre et Paul, à tous ceux qui visiteront dévotement chaque année ladite église Saint-Pierre, le jour de la fête de l'Annonciation de Notre-Dame, et les lundis de Pâques et de la Pentecôte, depuis les premières vêpres jusqu'aux secondes desdits jours, et auront contribué ces jours-là à l'entretien, à la conservation et à la restauration de ladite église, comme dit est, Nous remettons miséricordieusement dans le Seigneur quinze ans et autant de quarantaines de la pénitence qui leur serait enjointe dans la forme accoutumée de l'Eglise...Puis, le Pape fulmine une sentence d'excommunication contre ceux qui détourneraient de leur but les aumônes. Au lendemain de la Guerre de Cent ans, c'était "grande pitié" pour les église de notre région. Les habitants des campagnes n'étaient guère riches, mais comme après toutes les guerres, il y avait encore des gens fortunés. La bulle de 1481 encourage les dernières volontés de ceux qui vont se présenter devant le Juge suprême et souhaitent y retrouver l'innocence baptismale.A la fin du XVe siècle, Mathurin Fourestier adminsitrait le prieuré Sainte-Radegonde avec olivier Garin son "compère" ; tous deux étaient prêtres et chanoines de l'église "Monseigneur-Saint-Gilles près Surgères". S'il n'en était originaire, le prieur habitait Angoulins depuis longtemps ; il en avait même été curé. Deux neveux, Mathurin Fourestier et Jehan Barbier y étais aussi établis. sa richesse en maisons, vignes, marais salants était grande et ceci explique l'importance de son testament pour l'histoire d'Angoulins à la fin du XVe siècle.Mathurin Fourestier élit sa sépulture dans la chapelle Notre-Dame ; il y établit et dote un chapelain, si bien que plus tard on parlera encore de la chapelle des Fourestier. Il donne une tierce partie du produit de la vente de ses biens meubles "pour ayder à accomplir et parachever l'ediffice commancé affin destre recueilly les biens faictz prières et oraisons faictz en laditte église". Il lègue des vignes aux confréries du "Corps de Jésus-Christ" et de "Saint-Nicolas".Au hasard des legs et des confrontations de terrains, quelques familles sont citées : Baillon, Barbier, Fourestier, Cousturier, Garin, Gerçon, Gelmault, Giraudoux, Girault, des Grouards, Guyonnet, Mérisson, Moreau, Richard, Rigot, du Taisson, Turigny. A une époque où les registres paroissiaux n'existaient point, de rares actes notariés apportent quelques lueurs sur l'origine de certaines familles ; le testament Fourestier, du 4 juillet 1490, est de ceux-là.Au lendemain de la guerre de Cent ans, il n'y avait pas que les ruines matérielles ; les populations étaient décimées tant que l'on dut faire appel à des habitants du Bas-Poitou pour assurer la culture des terres. Le fait est remarquable dans d'autres parties de l'Aunis, mais je ne sais quelle en fut la proportion pour Angoulins. ces noms que nous avons notés ont la plupart disparu de notre sol. d'autres sont venus... Comme la famille, la paroisse est en perpétuel mouvement.

Jean Joguet