Avant de partir pour la Terre Sainte, saint Louis, animé d'un esprit de justice vraiment admirable, institua des enquêteurs, religieux ou chevaliers, chargés de recvoir les doléances de tous ceux qui auraient quelques réclamations à faire contre des fonctionnaires royaux. Les confiscations et les violences qui avaient accompagné les conquêtes de Philippe-Auguste, de Louis VIII et les siennes propres, ainsi que les actes souvent arbitraires des agents du pouvoir royal, baillis et sénéchaux, avaient fait naître dans son âme des inquiétudes et des scrupules que seule une véritable réparation pouvait apaiser. On se plaignait dans la partie de l'Aunis qui nous intéresse, de Geoffroy Mauclerc, bailli de Châtelaillon, puis de La Rochelle, et surtout d'Isoret d'Aitré,également bailli de ces deux villes. Guillaume le Vieller et son frère Colin, paroissiens de Saint-Barthélémy de La Rochelle, se plaignent de ce que Geoffroy, pendant la guerre de 1242, les a employés à garder la ville d'Angoulins et la côte de Châtelaillon pendant 18 jours sans les rétribuer, leur causant un préjudice de 15 deniers par jour.Isoret d'Aitré, lui, s'empare violemment des revenus qu''un certain Benoît de Cahors possédait aux environs d'Aytré et d'Angoulins ; le préjudice est de 20 livres et le prétexte invoqué par Isoret, c'était que Benoit ne servait pas le Roi et que cet argent n'étaot au fond que de l'argent réquisitionné. Thomas Lesurre, d'Angoulins, se fait extorquer 6 livres parcequ'il lève du sel de la platère alors qu'il n'en avait aucune autorisation du bailli d'en avoir à cet endroit. Bartholomé du Pressoir se plaint qu'Isoret ayant donné à son père Jean le droit de percevoir au péage d'Angoulins la dîme des menus grains, lui retint 15 livres parcequ'il avait mal exercé son office, ce qui ne pouvait être prouvé.Ces doléances nous sembleront peut-être insignifiantes, mais tout paraissait grave aux yeux du peuple et du Roi. On pourrait sans doute excuser les fonctionnaires par la dureté des temps et la collaboration de bien des habitants avec l'Anglais. Mais la justice du Roi n'était-elle pas plus politique ? Elle lui permit d'établir son pouvoir non par la force mais par l'amour.
Jean Joguet