La cloche de Saint-Jehan de Chatelaillon (deux articles de Jean Joguet)

La cloche de Saint-Jehan de Chatelaillon (1)

Dans le dernier "Echo" je vous parlais incidemment du Châtelaillon ruiné de la fin du XVIIIe siècle ; j'y reviens aujourd'hui pour vous parler de la cloche qui prélude en l'église d'Angoulins, à la marche du prêtre vers l'autel. Vous avez tous entendu sa voix qui reste harmonieuse malgré ses trois cent vingt-cinq ans d'âge.Durant l'hiver 1709-1710, une violente tempête emportait les derniers débris de Châtelaillon. Par la suite, un groupe de pêcheurs reconstruisit, à l'abri de la mer, un petit village ; on lui donna le nom de la glorieuse cité disparue, mais il végétait au point qu'une église commencée en 1781 ne put être achevée et qu'en 1801, faute d'y trouver un maire, ce fut E.-L. Seignette, maire d'Angoulins, qui cumula les offices. Une ordonnance royale du 29 janvier 1823 rayait Châtelaillon de la liste des communes et la rattachait à Angoulins.Comment cette cloche de Saint-Jehan de Châtelaillon fut-elle sauvée de la destruction et parvint-elle en l'église Saint-Pierre d'Angoulins ? Je ne sais, mais elle y était dans les toutes premières années du XIXe siècle ; elle fut même placée dans la fenêtre de la basse église en 1805 ainsi qu'on peut le lire dans les registres de la comptabilité de la Fabrique d'Angoulins : 30 pluviôse an XIII, payé à La Vouzelle, fondeur, 24 frnacs pour deux crapaudines pour supporter la petite cloche de Châtelaillon à placer dans une fenêtre de la basse église... 16 germinal an XIII, payé 15 francs à former un campanier dans une fenêtre de la basse église pour y placer la petite cloche..."Aurait-il donc existé une autre cloche ? Une plus grosse ? Georges Musset, qui fut conservateur de la Bibliothèque municipale de La Rochelle et, en 1896, premier maire de Châtelaillon, raconte à ce sujet une légende (RCAM, XVIII pp. 31-32). Cette cloche était demeurée enfoncée dans le platin vaseux proche du Vieux-Cornard et bourdonnait à l'annonce des tempêtes. Un jour, c'était vers 1800, elle émergea et un habitant du pays entreprit de la sortir avec ses boeufs ; tous les efforts furent vains... Impatienté, il pique vigoureusement ses b^tes, en lançant un juron... Scandalisée, la cloche s'enfonce profondément dans la vase pour ne plus jamais reparaître.Dans un prochain article, je vous décrirai plus amplement notre petite cloche et vous dirai comment en 1907, elle échappa à la nouvelle destruction. Mais dès à présent on voudra bien convenir de l'attachement que lui portent ceux qui l'ont conservée pendant plus de 150 ans et qui ont su lui donner dans ces derniers temps tous les honneurs qu'elle méritait.

La cloche de Saint-Jehan de Chatelaillon (2)

Je regrette fort qu'on nous ait entraîné, M. le curé et moi, à donner en primeur à une polémique la substance du second article que je devais consacrer à la cloche de l'ancienne église Saint-Jehan de Châtelaillon. les lecteurs de "Sud-Ouest" des 3 et 6 juillet 1956 auront ompris que nous ne pouvions laisser se fixer certaines inexactitudes ; maintenant nous souhaitons close cette affaire.J'ai évoqué dans mon précédent article les vicissitudes du Châtelaillon du XVIIIe siècle. Me fiant aux recherches d'un auteur, j'avais signalé l'inutile tentative de bâtir une église en 1781 ; elle fût cependant édifiée par M. de Saint-Marsault vis-à-vis les Trois-Canons à proximité de la route de Rochefort, où le baron de Châtelaillon se proposait à la fin du XVIIIe de reconstruire l'ancien bourg. Désaffectée sous la Révolution, c'était une grange au début du XIXe siècle appartenant ainsi que le presbytère adjacent à la fabrique d'Angoulins ; je ne la signale que comme jalon sur le chemin qui conduisit notre cloche dans la fenêtre de la basse-église... Poursuivons notre exposéet passons à des faits plus récents.En 1907, la municipalité d'Angoulins décidait l'acquisition d'une horloge publique rendue nécessaire "par la suite de l'importance du commerce et de l'industrie à Angoulins ainsi que du nombre toujours croissant des étrangers qui chaque année viennent en villégiature..." Mais il fallait une cloche et sans la mentionner ni dans les délibérations ni dans le contrat avec le fondeur approuvés par le Préfet, on pensait échanger contre une neuve celle placée dans la fenêtre de la basse-église. le 19 juin 1907, le garde-champêtre vint procéder à son enlèvement.M. le curé Barriel protesta avec véhémence tant en chaire qu'auprès des pouvoirs publics, attirant l'attention de G. Musset alors conservateur des antiquités et objets d'art, toujours à l'affût de quelque trouvaille archéologique. Après remontrance du Préfet, le projet d'échange fut annulé comme illégal, en dehors de toute considération archéologique. Mais cette cloche méritait mieux, ce qui fut fait par son classement comme monument historique le 21 octobre 1907.Voici le relevé de son inscription :"Sainct Jehan de Chastelaillon. Me Geoffroy Bouvchart cvré. Fabriqvevr P. Lori + Estienne Oclerc + Pairin Estienne Gabet. Mairayne Perryne Oclerc. 1631."La cloche est en outre ornée d'une grande et très jolie croix fleuronnée. D'autres caractérisqtiques pourraient être données : son poids, sa taille, sa note... A quoi bon ! ne vaut-il pas mieux la regarder et l'écouter ?