Le contrat de mariage d'un laboureur (par Jean Joguet)

Il y eut, en cette année 1623, trente contrats de mariage passés par-devant Maître Oclerc, le notaire d'Angoulins et, sur ce nombre, 23 intéressent plus particulièrement cette paroisse, l'une au moins des deux parties en étant originaire. Non qu'il y eut en cette année là plus de gars et de filles à marier, mais il y avait d'avantage de veufs et aussi de petits cherchant soit une âme-soeur , soit une maman, ou un papa ; et les temps étaient troublés aux environs de la citadelle du protestantisme qu'allaient assiéger les armées royales, suffisamment peut-être pour expliquer ce désir d'être en famille pour mieux affronter l'orage.17 laboureurs, 4 sauniers, 2 marchands, 1 meunier, 1 tisserand, 1 tonnelier, 1 notaire... aspirent donc à convoler en justes noces. Dans cette énumération, apparaît en raccourci une proportion de la population active de la paroisse au début du XVIIe siècle ; vignobles, marais-salants, occupent une grande partie des habitants. Au cours de quelques articles, je voudrais donner des extraits de certains contrats pour vous permettre de mieux juger par vous-mêmes de la vie et des préoccupations des futurs, des "proparlés" ou "parlés à marier", comme on disait à l'époque."Par-devant Toussaint Oclerc, notaire en la Chastellenie d'Angoulin sallut que le traitté et la prolocution de mariage parlé affaire lequel au bon plaisir de Dieu s'accomplira les sollenittez de l'église catollicque appostollicque et romaine préalablement gardées et observées en tel cas requis entre Nouel Puisart laboureur demeurant en ce bourg d'Angoullin fils de deffunct Berthommé Puisart et de deffuncte Jehanne Boucherie vivantz ses père et mère demeurans audit Angoullin d'une part avecq Mathurine Bonin natifve du Bourg d'Aytré fille de deffinct Philippon Bonin et de deffuncte Pernelle Masse aussy vivantz ses père et mère demeurans audit lieu et veuve de deffunct Simon Dieumegart d'autre part lesquelles parties de leurs bons gréz et vollontés, pour ce personnellement establys et procédant en l'advis de leur frère parans et admis ad ce présantz et assemblez pour sest effaict... ledit Puisart proparlé par l'advis et l'autoritté de Jehan Puisart son frère et laditte proparlée par l'advis et l'autoritté de jehan Dieumegart son beau-père se sont lesditz parlez à marier promis promettent et seront tenuz soy prendre à mary et femme espouz touttes foys et quanttes qu'ils s'en requerront... et seront iceulx parlez à marier commung en tous et chascuns leurs biens meubles."Il y eut encore dans les clauses du contrat, six livres réservées à la fille du précédent lit, Anne Dieumegart, somme qui lui sera versée "lorsqu'elle sera eb aage d'espouzer ou pourveu par mariage" ; en attendant, "elle sera nourrye et herbergée aux dépans de laditte communaulté tout ainsy que les autres enfans...". Le contrat fut "fait et passé audit Angoullin en la maison dudit Dieumegart avant midy le septième jour de janvier mil six centz vingt et trois présantz René Mirandet marchant Louis et Jehan Besson frères, Pierre Oclerc et Philippe Penault demeurans audit Angoullin lesditz parlez à marier Besson Pinault et dieumegart ont déclaré ne savoir signer. Et ont signé : J. Puisart, René Mirandet, Pierre Oclerc, Jehan Oclerc, et Oclerc, notaire."Vous ai-je intéressé ? Dans le prochain "Echo des Sirènes", vous assisterez au mariage de Jehan Yvon et de Marguerite Besson. Jehan était meunier à Angoulins et ce qui lui vint par sa femme lui permit de s'associer à Jacques Brianseau, le farinier de mon Sieur du Pont de la Pierre : une belle page d'histoire en perspective.
Jean Joguet