L'engagement d'Elie Froget (par Jean Joguet)

En ce mois de juillet 1955, une exposition franco-canadienne réunit, à La Rochelle, dans les salles du Conseil général, à la préfecture, grand nombre de documents, de tableaux, d'objets précieux intéressant les relations du Canada avec la France. Je ne puis que vous y convier, vous surtout qui aimez l'histoire et la petite histoire ; amenez-y les enfants, ce sera d'un grand intérêt pour leur formation intellectuelle et sociale.Et vous songerez à cet Angoulinois qui partit, en 1642, pour la Nouvelle-France - on nommait ainsi le Canada - et qui peut-être a des descendants canadiens. Il s'appelait Elie Froget, et j'ai retrouvé dans les minutes du notaire Cherbonnier, de La Rochelle, son acte d'engagement ; je vous en donne des extraits :Personnellement estably hélie Froget natif d'Angoulins aagé de tente cinq ans ou environ dernièrement demeurant en cette ville lequel a vollontairement promis a guillaume des Jardins sieur de Saint-Val demeurant en cette ville pour ce personnellent estably stippulant et acceptant faisant pour Monsieur de la Tour lieutenant général pour le Roy en la coste d'acadie pays de la nouvelle france et de s'embarquer lorsque ledit s. des Jardins l'en requerra dans le navire qu'il envoye aud. s. de la Tour Lequel il promect servir en sesd. habitations avec fidellité à l'employe qu'il plaira aud. sieur de la Tour l'espace de deux années prochaines et consécutifves qui commanceront à courir le jour de l'arrivée dud. Froget aud. habitations moyennant soixante livres tournois par an pour les loyers dud. Froget sur lesquels led. s. des Jardins luy a payé contant dix huit l. ainsy qu'iceluyd. l'a recogneu... Fait à La Rochelle en la demure dud. notaire après midy ce setiesme avril mil six cent quarente deux... led. Froget a décalré ne scavoir signer de ce requis."Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des milliers d'émigrants sont ainsi partis de La Rochelle avec un contrat pour aller servir comme colons en Nouvelle France ; il y avait des charpentiers, des laboureurs, des maçons, des boulangers, des sauniers etc... qui s'engageaient pour un service civil. Tous les bateaux qui partaient devaient en transporter et, au Canada, on leur donnait tout le nécessaire pour s'installer et fonder un foyer ; des primes à la naissance, des allocations familiales encourageaient la natalité qui, dès le début, fut grande. De 1608 à 1760, il y eut à partir de 10000 immigrants français, 25464 mariages qui donnèrent 138251 enfants ; 68858 personnes moururent pendant cette même période et en 1760, au moment de la cession du Canada à l'Angleterre, il y avait 65000 Canadiens français.En près de deux siècles ces chiffres n'ont cessé d'augmenter ; des familles se sont éteintes, mais d'autres donnent un exemple de vitalité peu commune. Nous n'avons pu savoir, malheureusement, ce qu'il est advenu d'Elie Froget, mais vous apprendrez avec surprise peut-être que les descendants d'un Jean Doyon, originaire de Marsilly, se chiffrent par milliers aux Etat-Unis et au Canada et que ce nom remplit les pages d'annuaires téléphoniques de certaines villes. Et ce Mathurin Villeneuve, laboureur de Sainte-Marie-de-Ré, dont on compte dans la descendance, un sénateur, des hommes de loi et un cardinal Villeneuve qui vint, il y a quelques années, rendre visite au pays de ses ancêtres.

Jean Joguet