En septembre 1757, les Anglais tentèrent un débarquement sur les côtes de l'Aunis ; il sprirent et mirent à sac l'île d'Aix le 24. Dans un mémoire, Chaudruc de Crazannes, qui commandait un régiment de cent dragons, raconte sa campagne d'une manière fort plaisante ; c'était la guerre en dentelles :" Je n'avois qu'un habit d'uniforme extrêmement léger, une petite redingote et un portementeau ou je mis deux chemises, un bonnet de voyage, quatre mouchoirs et une paire de bas de bottes. le portemanteau fut porté derrière mon laquais Dauffiné, ancien cocher et vieux ivrogne qui m'a beaucoup amusé pendant la campagne. Et sur un cheval à paniers, j'avois dix alloyaux, douze gigots et quinze pains de vingt livres. Comme j'avois toujours oui dire que les premières vertus d'un militaire étoient la présence d'esprit et la prudence, j'eus peur de perdre ces avantages précieux si je me laissois emporter au gout de vingt-cinq bouteilles d'un très bon vin qu'on m'offrit. je les reffusay donc...A 9h du matin j'arrivai à Angoulin, mais le sieur de Torinville avoit eu ordre d'évaquer ce vilage à la pointe du jour et de marcher avec les troupes qui y étoient campées le long de la coste vers Rocheffort parceque l'escadre angloise s'étoit toute portée sur ce costé. On me signifia soudain de continuer ma marche et d'aller toujours jusques à ce que j'atteignis le dit sieur de Torinville. Je ne fus pas plus tost sorty d'Angoulin et à l'entrée de la garenne de Chatelaillon, la mer estant haulte, que j'apperceus par dessus de petites dunnes de sable qui servoient de retranchement à cette partie, deux voilles qui me parurent à bonne portée de mousquet. Ne voyant que le haut des mats, je pençay que ce pouvoient être des traversiers qui s'étoient échoués sur le platin pour être à l'abry de l'ennemy. je m'avançay seul jusque sur ces dunnes... c'étoient deux grandes chaloupes de l'escadre dans laquelle il paraissoit y avoir trois cent hommes de troupe. je retournay à mes dragons et après avoir fait faire silence. "Mes amis, leur dis-je, vous êtes tous francès, vous avez vos biens, vos fâmes, vos enfans, votre personne à deffandre", et leur montrant les deux chaloupes "Voilà l'ennemy il faut faire bonne contenance ; alons nous montrer sur le platin ! Je ne vous exposeray pas innutillement, mais que personne ne tire que je n'en donne l'ordre !" A la vue de cette troupe les chaloupes s'en furent plus loin.On arrive à Châtelaillon pour voir l'ennemi sonder la côte et tenter de débarquer. C'était l'heure de la messe et cent paysans de la campagne avec leur capitaine garde-côte y assistaient ignorants du danger qui était à leur porte. Chaudruc de Crazannes tout en louant leurs oraisons, les rappelle à l'action et il fut convenu que le capitaine et lui serviraient le canon et que le curé y mettrait le feu :"O divin Appollon, accorde-moi ton secours ! Peins avec toute ta force de tes sacrés crayons l'ardeur héroïque de mon curé ! Mais non, il ne faut pas mêler le profane au sacré et quoique le curé semblable au grand Jupiter sur son aigle terrible tenant son foudre en main, sortit de l'église les ornements pontificaux sur le dos, les cheveux hérissés, les yeux étincelants et la mèche allumée aux cierges de l'autel, je le peindrai comme un héros divinement inspiré et non comme ceux que les païens adoraient follement. Dans ce pompeux équipage, nous allâmes tous tirer sur les chaloupes deux grands coups de canon à bout touchant qui ne portèrent pas. Et les chaloupes prirent le large et ne revinrent plus sur les bords"
Ce récit que vous goûterez sans doute, peut servir d'introduction à une étude qui intéresse plus directement Angoulins. Car parmi ces paysans assemblés à Châtelaillon, il y avait des hommes de notre paroisse. Deux rôles de milice garde-côte nous ont été conservées, ceux de 1696 et 1736 ; vous y retrouverez les noms qui vous rappelleront que vous aviez des ancêtres courageux dans la défense de nos côtes.
Jean Joguet