Notaires du XVIe siècle (par Jean Joguet)

Plus encore qu'aujourd'hui, nos ancêtre s'adressaient au notaire pour les actes les plus importants de leur vie familiale et sociale : mariage, testament, vente, fermage... Il y avait certainement au XVIe siècle à Angoulins, un notaire, mais ses archives ont disparu et les quelques documents qui vont suivre sont tirés d'études rochelaises ; La Rochelle était si proche et cela faisait plus chic ! Leur intérêt, chacun le comprendra aisément, ce sont les seuls vestiges de la vie des habitants d'Angoulins à cette époque.
Le 16 avril 1531, Jehan, fils de Nicolas Fortmonnaye et de... Martinelle promet d'épouser Clémence, fille de Pierre Bichot et de Marguerite Pain. Le père du futur était menuisier à Angoulins et jouissait d'une fortune assez grande pour pouvoir, un jour, prêter 200 livres à un bourgeois de La Rochelle. Les parents de la future, que nous retrouverons plus tard, étaient à la hauteur... Au cours du contrat, sont cités quelques noms : Jehan Rondeau, seigneur des Rouhaulx, Catherine Vincend, Bernard de la Garde, Arthur Gyrardon, Jehan Nau, Perrecte et Mathurine Catherinelle, Pierre Hugreau et Clément Rolland, prêtres, François Fortmonnoye, Dominique Robin, Toussaint Hugreau, Jehan Martineau.Le 9 mai 1531, Pierre Augeau fait son testament au Pont de la Pierre. ses légataires sont : Clément, son fils, Anne Rondeau, sa femme, Perrecte Rondeau, fille du seigneur des Rouhaulx, et Jehanne Thévenin, ses nièces. Les témoins : Lucas Dugast, Mathurin Boutin, Maurice Sorin, Jehan Frémyon, Jacques Soulliceau, Jehan Gallacheau et Collas Trailli.Le 4 novembre 1531, Clément Rolland, chapelain de la chapelle J.-Rigot en l'église d'Angoulins, meurt et on rappelle à cette occasion le testament que fît Jean Rigot, prieur de la chapelle Sainte-Radegonde et successeur de Mathurin Fourestier, le 9 novembre 1494 : il fonde une messe chaque vendredi à l'autel Saint-Jean l'évangéliste où il est enterré ; il lègue pour cela une vigne sise au fief des Qautre-Chevaliers, au lieu-dit la Mernaulde, tenant au chemin de Patarin par lequel on va d'Angoulins au Pont de la Pierre, aux biens de Laurent Gelmault et à ceux de la confrérie du Saint-Esprit. Quelques noms cités : Thomas Michon, Marguerite Derbète, André Pontard, Gilles, fils de Jehan Pain, Pierre Bichot et sa femme Marguerite Pain, cousins et exécuteurs testamentaires de J. Rgot, Jehan Guillemin, vicaire d'Angoulins, Pierre Mistère, Dominique Robin, Pierre Gastaud.Dans le cours de ces contrats vous aurez remarqué les noms des prêtres qui desservaient soit la chapelle Sainte-Radegonde, soit la chapelle Jean Rigot, soit l'église Saint-Pierre ; pour cette dernière, c'était un vicaire. Il y avait certes, comme aujourd'hui un curé, mais il ne résidait pas. Et comment l'aurait-il fait, lui que sa situation de famille ou de fortune avait doté des revenus de plusieurs paroisses ? Il avait chois la meilleure et affermait les autres. Les fermiers - il faut bien employer ce mot- étaient des prêtres sans fortune, des "petits curés de campagne" pourtant si proches de leurs paroissiens qu'ils furent la sauvegarde du Catholicisme au temps de la Réforme et les piliers de la véritable réforme du clergé au XVIIe siècle.En juillet 1534, Christophe Descombes, licencié en droits, curé de Saint-Bathélémy de La Rochelle, baille à titre de ferme à François Texier, prêtre demeurant à La Rochelle, la cure d'Angoulins avec ses revenus pour 47 livres 10 sols tournois. Le 26 février 1542, Pierre Nadeau, prêtre demeurant à Genoillac (diocèse de Limoges), agissant au nom de André Delage, curé d'Angoulins, afferme pour trois ans et pour 55 livres tournois la cure et vicairie de cette paroisse à Micheau Bastier et à Guillaume Belloteau, prêtres d'Angoulins ; Guillaume Gresset leur apporte caution.Le 12 février 1549, François Cothereau, prêtre, s'associe à Loys Perrault, prêtre pour la moitié de la ferme de la cure d'Angoulins que Supplice Nadau, curé deladite église, lui a cédée.En 1591, le curé d'Angoulins était J. Simon ; en 1593, Jehan Lebesgue ou Lévesque. le 25 juillet, quand ce curé voulut prendre possession devant notaire, il se passa un fait curieux mais bien significatif de l'état des esprits en cette fin du XVIe siècle ; les fabriqueurs, membres de la fabrique, et les habitants de la paroisse, refusent de lui donner les clés et de lui ouvrir la porte de son église ; le curé dut se résoudre à toucher les murs et attendre une meilleure occasion.Mauvais esprit ? Je ne le pense pas, mais plutôt une révolution latente depuis bien des années. En cette fin de siècle, La Rochelle est toute protestante. A Angoulins, le Pont de la Pierre est un fief de la nouvelle religion et bientôt il aura son cimetière réformé ; l'église fortifiée s'attend de jour en jour à subir l'assaut des milices protestantes. L'événement du 25 juillet est expliqué par tout cela. Plus encore, il laisse prévoir la grande réforme du Clergé ; la paroisse veut que son curé vive chez elle et partage ses bons comme ses mauvais jours.Notaires du XVIe siècle ! Il y a encore quelques actes aussi intéressants : ils verront prochainement le jour et si le sujet vous plaît, aidez le rédacteur de ces lignes : fouillez vos greniers, il y a certainement des trésors.

Jean Joguet