La bourgne était à proprement parler une nasse en osier, et c'est ainsi que le mot est toujours employé en Aunis et Saintonge. Au Moyen-âge, c'était aussi une écluse établie sur le rivage de la mer pour pêcher le poisson ; elle était formée de deux murs en forme de côtés de triangle, dont la pointe se trouvait à l'opposé de la rive ; à cette pointe était une bourgne ou nasse d'osier destinée à recevoir le poisson pris entre les murs de l'écluse à marée descendante.De nombreux textes signalent sa présence dès le XVe siècle à Angoulins, Sécheboue et Saint-Jean-du-Sable. Au XVIe siècle, je trouve deux actes. En 1536, le 21 janvier, les frères et soeur Coutureau font un partage de biens. A Jehanne Couturelle échoit "une bourgne autrement escluse située et assize au Chérat, tenant d'un cousté à la falèze de la mer, d'un bout aux terres vulgairement appelées les terres de feu Pierre Baillou, d'autre bout au chiron nommé Saint-Nezère..." Quelques mois plus tard, cette même bourgne est cédée à Estienne Alays, laboureur à Angoulins : "Une bourgne autrement excluse sytuée sur la ryve de la mer au lieu nommé le chirat de Saint-Nazaire, tenant d'une part à la bourgne ou excluse de Pierre Mousse, d'autre part à la falaize de la mer et d'autre part au chirat de Saint-Nazaire..."L'intérêt de ces deux actes dépasse celui de simples pêcheries et c'est pourquoi ils ont été choisis. Le chirat ou chiron en parler d'Aunis et Saintonge est un amas de ruines ou de pierres ; le qualificatif de Saint-Nazaire, qui est appliqué à celui d'Angoulins, permet de penser qu'il s'agit d'un amas provenant des ruines de l'ancienne église Saint-Nazaire disparue quatre cent ans plus tôt. Ce chiron, d'après les limites de la bourgne, parait placé sur un promontoire où était placée cette église ; celle-ci ne fut peut-être point emportée par la mer, mais tomba en ruines lorsque le centre de population de l'île Bazauges fut abandonné. Et ce sont ces ruines qui ont donné le nom de l'actuel lieudit Le Chirat. La bourgne ou écluse n'était point le seul moyen de pêche ; ainsi en 1542, Typhane Gelinault, veuve de Pierre Gost, d'Angoulins, reconnaît devoir à Guillaume Moreau, marchand à Aytré, la somme de 18 livres à cause de 6 "raytz appeletz touillaux préparés à pescher touilles et autres poissons...". Au XVIIe siècle, on ne parle plus de bourgne ; le mot est abandonné au profit de l'écluse. Il y a toujours des pêcheurs car le carême est rigoureux, la viande moins abondante et certains seigneurs aiment vraiment beaucoup le poisson, tant que leurs cens se réglaient en plats de poissons.
Jean Joguet