La chapelle Ste Radegonde (Jean Joguet)

Il ne faut point croire que l’assistance et la Sécurité Sociale soient une création de notre XX°Siècle. Le moyen-âge connaissait déjà cette assistance aux maladesdans les hôpitaux et plus qu’aujourd’hui, le voyageur bénéficiait tout au long de la route de l’hospitalité des maisons spécialisées dans l’hébergement. Il y aurait fort à dire sur le rôle de l’Eglise dans ce domaine et ce n’est point notre sujet, mais à propos de quelques notes historiques, j’ai voulu retracer l’histoire d’une maison hospitalière, celle d’Angoulins.Le visiteur qui arrive à Angoulins par la route de La Rochelle est surpris par l’aspect d’un bâtiment élancé qui lui rappelle, malgré les deux étables adjacentes, quelque chapelle moyennâgeuse. Proche du cimetière actuel, au milieu d’un vaste enclos, cette construction se remarque aisément. mais combien d’habitants d’Angoulins savent qu’il y avait là un prieuré et une chapelle dépendant de l’antique maison hospitalière de Saint-Gilles de Surgères. En 1009, le comte de Poitou fondait à Surgères un prieuré qui devenait à la fin du même siècle, grâce aux libéralités de Guillaume IX, duc de Guyenne et comte de Poitou, la “maison aulmosnière de Sainct Gilles”, un des hospices les plus importants et les mieux dotés de toute l’Aquitaine. Ce furent sans doute les mêmes ducs qui , au XII° siècle, donnèrent au prieuré de Surgères les biens qui devaient former le “membre” Sainte Radegonde d’Angoulins.Angoulins, alors, était florissant ; les marais salants, la vigne... étaient en pleine prospérité depuis le X° siècle. Châtelaillon marchait vers sa décadence et La Rochelle descendait tout juste des hauteurs de Cougnes. Au carrefour de la route de Châtelaillon à La Rochelle et du grand chemin saunier qui s’en allait vers Surgères, le prieuré Sainte Radegonde était bien placé pour remplir son rôle d’hospitalité.Ses origines sont bien obscures. Pourtant, dès la fin du XII° siècle, il y avait une chapelle. En 1246, le “grand feu de Sainte Raagon” est inscrit au Terrier du Grand fief d’Aulnis pour des cens dus au frère de Saint Louis, Alphonse, comte de Poitiers. Dès le début, il y eut donc pour le prieuré une attribution de bien et de revenus qui le rendit capable de subvenir aux besoins pressants des voyageurs indigents. Il aurait été vraiment intéressant de pouvoir dire comment l’hospitalité fut faite pendant ces premiers siècles et au cours de la Guerre de Cent Ans ; malheureusement, rien n’a été écrit à ce sujet et je ne puis romancer. Et pourtant, après ces cents années de misère, les maisons hospitalières ne se relèvent pas ; elles semblent avoir perdu la notion de leur rôle bienfesant ; la grande lumière du moyen-âge est éteinte et il faudra attendre le XVII°siècle pour retrouver, du moins dans les villes, le grand élan de charité dû à “monsieur Vincent”.Cependant, le prieuré et la chapelle Sainte Radegonde subsistaient, n’ayant subi, au cours des guerres, aucun dommage apparent. Le rôle hospitalier semble terminé ; c’est un prieuré composé de deux chanoines séculiers qui administrent ses biens et parfois donne son aide au ministère paroissial. plus de cinquante articles sont inscrits aux registres des biens immobiliers du prieuré : marais salants, terres, vignes, maisons...Même, les prieurs étaient riches : Mathurin Fourestier ;, Jehan Maulhi qui, en 1530, arrente une maison et des terres à un clerc de la paroisse. Puis c’est la décadence en ce XVI° siècle où les guerres civiles et religieuses font rage ; les prieurs ne résident plus et afferment les revenus de leurs prieuré à des laïcs. En 1563, Thomas Socquet, prieur résidant à Puyraveau, afferme les revenus de Sainte Radegonde à Jehan Cartault, procureur au présidial de La Rochelle.En 1590, le prieuré tombait même entre les mains d’un laïc, François de Benac sieur de Clairac et seigneur du “Gros Sainte-Radegonde d’Angoulins” ; iol afferme pour trois ans à Jehan Ladignac, bourgeois de La Rochelle, les revenus soit “en le temple ou la chapelle, jardins, marais salants...” pour une somme de 24 écus sol. payable le premier novembre de chaque année.A Surgères, à cette même époque, une crise semblable entrainait la disparition des chanoines de Saint-Gilles. Le 29 juillet 1600, Charles de Fonsèques, sire de Surgères, transfère la “maison aulmonière” et toutes ses dépendances, aux Minimes de la province de Tours, fondés au XV° siècle par saint François de Paule. Sous leur ferme administration, Sainte Radegonde d’Angoulins reprend vie, mais ce n’est plus qu’une succursale jalouse de ses revenus et prérogatives ; le temporel est bien administré, la juridiction s’exerce sur le fief seigneurial, mais comme le fait remarquer la visite pastorale du 10 août 1631, dans la chapelle, il n’est fait aucun service.Décadence qui n’a fait que s’accentuer jusqu’au jour où les demoiselles Personnat ont permis, pendant que l’église paroissiale se voûtait, à Jésus de redescendre quelques fois dans ses murs.
Examinons à présent ces murs en question, cet intérieur si bien conservé et nous formerons le voeu que l’antique chapelle Sainte Radegonde se dresse très longtemps sous nos yeux :
En 1796, la chapelle était vendue comme bien national au citoyen Jean Laurent, maître de barque à La Rochelle, pour 1361 francs. Somme dérisoire, alors que l franc-assignat perdait chaque jour de sa valeur. Mais à quoi pouvait-elle s ervir cette chapelle ? Hangar ou chai comme le propose l’expert dans son procès verbal. Jean Laurent était d’ailleurs propriétaire des terres environnantes et avait la servitude d’entretenir un chemin de trois pieds pour y accéder.“ Ancienne chapelle de neuf toises de long de d’hors en d’hors, quatre toises de large idem ; en dedant, sept toises trois pieds de long, et deux toises cinq pieds six pouces de large, ce qui donne environ trois pied trois pouces d’épaisseur de mur. ayant en outre douze piliers de renfort en d’hors sur toutes les façades de dix-huit pouces d’épaisseur et de trente pouces de large revêtu en pierre de taille de marée. Laditte chapelle voutée en petits moellons taillés, ayant du pavé de laditte chapelle à la clef de voûte de vingt-neuf à trente pieds de hauteur ; le tout couvert de tuiles. L’élévation en d’hors, de vingt-quatre pieds d’élévation au carré, et nous estimons qu’elle doit avoir six pied de terrain tout autour ; le tout bâti à chaux et sable, surmonté d’un petit campagnaud sans cloche ; partie des murs dégradés et sur la couverture un grand quart des tuiles cassées...”En 1796, la situation n’est point brillante, mais cela devait durer depuis longtemps. Par la suite cette construction fut déparée par l’adjonction de deux étables sur ses côtés ; aussi, comme elle nous semble lourde aujourd’hui, cette chapelle Sainte Radegonde, pauvre oiseau rivé à terre par deux ailes dont elles n’a jamais voulues. Et puis ce petit campagnaud qui est tombé.Malgré tout, l’extérieur est encore remarquable. Je m’excuses d’employer des termes techniques mais comment décrire... il faut voir. La façade, épaulé par deux contreforts, est percée d’un portail en arc brisé ; un cordon d’étoiles entoure la voussure. Sous le pignon, il y avait une fenêtre longue ; il n’en reste qu’une petite ouverture sous le plein cintre et une grande fenêtre élargie à la base. Les murs latéraux sont renforcés par huit contreforts surmontés d’une corniche posées sur trente-six modillons en cavet. Le chevet, droit, est épaulé par deux contreforts et percé d’une longue fenêtre plus large que celle de la façade dont ne subsistent que deux ouvertures sous l’arc et la base. Tous les contreforts se terminent par deux légères retraites ; l’appareil des murs est moyen.Cet extérieur, tout le monde peut le voir, mais que dire de l’intérieur, qui semble tout aussi remarquable malgré la division en deux étages par un plancher ! J’ai eu la faveur de le visiter et j’en suis reconnaissant. Près du chevet à droite, sont juxtaposées deux niches servant de crédences ; elles sont moulurées de roses et autres ornements dégradés; non loin, une porte en arc brisé s’ouvre vers l’extérieur. Deux fenêtres ébrasées qui n’ont sans doute jamais été complètement ouvertes, se remarquent sur les murs latéraux. La voûte en petit moellons est un cintre brisé, supporté par une imposte. L’appareil est moyen en pierres fossilifères assez grossièrement taillées et revêtues de plâtre ; on y remarque par endroits de faux joints dessinés d’un trait brunâtre.Ce ne serait pas médire des autres édifices, et notamment l’église paroissiale, que de réserver une place de choix pour la chapelle Sainte Radegonde dans l’Echo.Ce fut au moyen âge l’église des pélerins : ne sommes nous pas tous des pélerins, pauvres voyageurs sur cette terre ? Que Sainte Radegonde nous guide vers notre patrie céleste.